Le métier d’infographiste, à l’ère de l’IA, n’a pas “disparu” : il s’est déplacé. On attend moins de toi que tu passes 8 heures à produire des variantes, et plus que tu sois capable de diriger un système (brief → génération → sélection → retouche → cohérence de marque → livraison). En clair : l’IA accélère la production, mais l’infographiste reste la personne qui garantit le bon goût, la cohérence, la qualité technique et la responsabilité.

1) Ce que l’IA a vraiment changé

A) La vitesse et le volume

Avant : une affiche = un process long + plusieurs allers-retours.
Maintenant : on peut générer 50 pistes en 20 minutes.
Conséquence : le client s’habitue à “voir beaucoup”, donc ton job devient aussi curateur (choisir ce qui est bon).

B) Le centre de gravité passe du “faire” au “décider”

  • choisir une direction artistique
  • cadrer les contraintes (format, usage, audience, ton)
  • maintenir la cohérence (typo, grille, couleurs, iconographie)
  • et finir proprement (fichiers, impression, web, accessibilité)

C) Les attentes montent

Parce que l’IA peut faire “correct” vite, on te paie pour faire très bon, cohérent, distinctif, et fiable.

2) Ce qui reste 100% infographiste (et vaut cher)

A) La direction artistique (DA)

L’IA ne “comprend” pas la marque au sens humain : identité, nuances, culture, intention.
Un bon infographiste sait :

  • traduire une stratégie en visuel
  • imposer une hiérarchie (ce que l’œil doit comprendre en 2 secondes)
  • créer une “signature” reconnaissable

B) La typographie et la mise en page

Là où l’IA produit souvent des choses “visuellement ok”, elle est faible sur :

  • grilles et alignements parfaits
  • typographie (détails, rythmes, systèmes)
  • cohérence multi-support (print/web/social)

C) La production propre (le monde réel)

  • fichiers CMJN, fonds perdus, surimpressions, profils couleur
  • export web optimisé (poids, compression, responsive)
  • déclinaisons cohérentes sur 10 formats
  • compatibilité outils (Adobe, Figma, etc.)

D) La retouche et le “polish”

C’est la différence entre “ça passe” et “ça vend” :

  • détourages propres, ombres réalistes, textures crédibles
  • color grading, peau, matières
  • correction d’erreurs (mains, textes, détails incohérents générés)

3) Les nouveaux rôles qui apparaissent

A) Infographiste = “producteur de systèmes”

Tu crées des templates, des composants, des bibliothèques (Figma), des règles de marque, et tu automatises :

  • bannières Ads
  • stories/reels covers
  • carrousels
  • kits de marque pour équipes

B) “Prompt + contrôle qualité”

Le prompt seul ne suffit pas. Ce qui compte :

  • prompt structuré + références
  • itération rapide
  • sélection critique
  • retouche finale
  • conformité (marque, droits, sensibilité)

C) Designer “brandformance”

Très demandé : visuels conçus pour performer (Ads, landing pages, e-commerce) :

  • hook visuel en 1 seconde
  • hiérarchie hyper claire
  • variantes A/B testables
  • cohérence avec tracking et objectifs

4) Les risques à gérer (et qui te rendent indispensable)

A) Droits / propriété intellectuelle

Selon les projets, il faut être prudent sur :

  • l’usage commercial
  • les styles trop proches d’artistes/brand connus
  • les images générées “trop inspirées”
    Tu deviens aussi le “gardien” du risque.

B) Cohérence et réputation

L’IA peut produire des visuels beaux mais incohérents (mains, logos, textes faux, détails absurdes).
C’est toi qui évites le bad buzz ou le ridicule.

C) La standardisation

Si tout le monde utilise les mêmes modèles, tout se ressemble.
Ta valeur : sortir du générique.

5) Les compétences à développer maintenant (priorité)

  • DA & culture visuelle (références, styles, composition)
  • typographie (vraiment)
  • Figma + design system (composants, auto-layout)
  • retouche avancée (Photoshop, compositing)
  • motion léger (After Effects / animations courtes)
  • IA en production : génération + upscale + inpainting + variantes + workflows
  • copy visuel (titres/accroches lisibles, hiérarchie)
  • notions de marketing (CTR, conversion, contraintes Ads)

6) Comment vendre ton service (nouveau positionnement)

Au lieu de “je fais des visuels”, tu vends :

  • une cohérence de marque
  • une vitesse de production + contrôle qualité
  • un système (templates + déclinaisons)
  • un process (brief clair → 3 directions → itérations → livraison propre)

Exemple de phrase simple

“Je produis des visuels rapidement grâce à l’IA, mais surtout je garantis une identité de marque cohérente, des fichiers impeccables, et des déclinaisons prêtes à performer.”

7) En résumé (sans blabla)

  • L’IA fait exploser la quantité.
  • L’infographiste devient le filtre, le chef d’orchestre, le garant de la cohérence.
  • Ceux qui gagnent : DA forte + typographie + systèmes + retouche + compréhension business.